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04 février 2011 | Interview
"Il y a un gros enjeu d'équilibre entre le centre-ville et la périphérie"
Promouvoir un développement territorial durable et concerté. C'est l'une des missions que s'est fixé Philippe Henry (Écolo), ministre wallon de l'Environnement, de l'Aménagement du territoire et de la Mobilité. Rencontre.
Depuis plusieurs années, la Région wallonne doit faire face à une explosion de projets d'implantations commerciales. Comment choisir ? L'idée est d'avoir un outil qui permette de décider en ayant une vision d'ensemble. Son nom : le schéma régional de développement commercial.
En vrac
Mobilité. "Je crois surtout qu'il faut avoir une vision à l'échelle des agglomérations, c'est-à-dire de la ville et de son entourage", note le ministre Henry en citant l'exemple de Liège dont le plan urbain de mobilité est en cours de finalisation. Un plan construit dans une logique structurante des transports en commun avec, comme colonne vertébrale, la future ligne de tram. Charleroi va aussi penser sa mobilité au niveau de l'agglomération. "Ce n'est pas le plus facile parce qu'il n'y a pas de niveau de pouvoir correspondant en réalité, souligne encore Philippe Henry. Il faut organiser cela avec les différentes communes concernées."
États généraux. Aux yeux du ministre, "par rapport à la mobilité ou l'énergie, l'aménagement du territoire n'est pas un sujet très populaire." D'où l'idée, dans le cadre de la préparation de la révision du Cwatupe, d'organiser des états généraux de l'aménagement du territoire. "Ce seront des réunions participatives dans toutes les sous-régions de Wallonie, notamment dans les Maisons de l'urbanisme, pour essayer de susciter le débat du plus grand nombre. En tout cas de ceux que cela intéresse."
Lignes de force. Philippe Henry a publié les lignes de force de sa politique d'aménagement du territoire pour le XXIe siècle. S'appuyant sur les études de la Commission permanente pour le développement territorial (CPDT) présentées en novembre dernier, il y développe les orientations qu'il souhaite mettre en œuvre afin d'opérationnaliser les objectifs de la Déclaration de politique régionale 2009-2014 (DPR). Ce document est téléchargeable sur http://henry.wallonie.be.
À quel stade est ce projet ? Réponse du ministre Henry, en charge du dossier pour sa partie aménagement du territoire.
- Où en est le schéma régional de développement commercial ?
- Cela fait partie des différents outils qui sont en préparation, comme la rénovation du Cwatupe (Code wallon de l'aménagement du territoire, de l'urbanisme, du patrimoine et de l'énergie), dont la nouvelle forme devrait être adoptée courant 2012. Ou encore le nouveau SDER (Schéma de développement de l'espace régional). À l'heure actuelle, pour le schéma régional de développement commercial, un bureau d'études a été désigné par le ministre Marcourt. Ce bureau doit faire des propositions en termes de méthodologie de schéma commercial, qui prennent en compte à la fois la dimension économique et celle de l'aménagement du territoire.
- Les propositions du bureau d'études sont attendues pour quelle date ?
- Il doit remettre ce travail pour fin 2011. Sur base de quoi le gouvernement fera un choix et adoptera un schéma commercial. Ce qui est clair, en ce qui me concerne, c'est qu'il y a en tout cas une dimension très importante de planification à l'échelle régionale.
- Que voulez-vous dire ?
- Il ne s'agit pas forcément de définir des zones précises où on mettra des commerces et où on n'en mettra pas mais bien d'avoir une analyse à l'échelle régionale des différentes balises à avoir. On l'a vu avec le débat sur Charleroi : de toute évidence il y a trop de projets par rapport au potentiel. Il y a aussi un gros enjeu d'équilibre entre le centre-ville et la périphérie. Il faut donc clarifier le potentiel raisonnable de manière telle que les centres commerciaux ne se détruisent pas les uns les autres et ne détruisent pas les autres commerces. Tout en consolidant notre vision de l'aménagement du territoire. À savoir redévelopper les centres-villes et, plus globalement, recentrer l'habitat autour des moyens de communication.
- Concrètement, cette période de flou va encore perdurer un certain temps. Cela ne risque-t-il pas d'encourager, faute de position claire, les projets de centres commerciaux aux quatre coins de la Wallonie ?
- Je ne pense pas que l'on aille vers une anarchie des projets. En tout cas acceptés. Moi, je suis prudent dans les octrois de permis. Par contre, c'est vrai que nous sommes dans une période un peu floue. Ce qui n'est pas très confortable pour les demandeurs ou pour les communes, et même pour la Région. Ce sera plus facile pour tout le monde quand il y aura un cadre, avec des balises claires. Mais il y a quand même suffisamment d'outils existants pour octroyer ou refuser les permis même si on n'a pas encore une lecture unique qui soit connue de tous.
- Ce fameux schéma aura-t-il une valeur légale ?
- Cela va dépendre du type de schéma que l'on aura. Mais il est clair qu'il faudrait que les décisions, quel que soit le niveau concerné, puissent se référer à ce schéma. On pourrait imaginer que le schéma soit relié au SDER. Il y a aussi la dimension économique à prendre en compte mais en matière de hiérarchisation des pôles et de planification territoriale, cette logique pourrait se construire avec le SDER. Ce dernier pourrait avoir plus de poids dans l'octroi des permis de manière générale, pas uniquement en matière de commerces. Mais à nouveau, nous ne sommes qu'aux prémices de cette réflexion.
- Globalement, quel est le fil rouge de cette réflexion sur l'équilibre entre centre-ville et périphérie ?
- Que ce soit pour les finances des ménages, les coûts de voierie ou d'égouttage, la préservation de la ruralité et des paysages ou encore en matière de tourisme, il est important d'avoir un minimum de regroupements. Dans cet esprit, il faut clairement qu'une grande partie des commerces, en particulier des commerces de la vie de tous les jours, soient localisés là où les gens vivent. C'est d'ailleurs pour cela aussi que l'on prône une certaine mixité entre l'habitat, les commerces, les lieux de travail, l'école, etc. Afin que l'on puisse passer d'une activité à l'autre facilement, à pied, à vélo ou en transports en commun. Mais il est clair qu'en plaidant pour que les commerces soient au centre-ville, et donc ne contribuent pas à augmenter le trafic des voitures en sortant les activités des villes, il ne faut pas tomber dans l'extrême inverse : il y aussi un besoin de commerces en périphérie. Notamment parce que pour certains types d'achats, comme ceux liés par exemple à l'aménagement de la maison, on ira de toute façon en voiture.
- Reste que bon nombre de commerces désertent les cœurs des villes, parce qu'il est plus facile d'offrir du parking à leur clientèle qu'au centre…
- Il doit en effet y avoir des politiques de stationnement, de transports en commun, de parkings de dissuasion… Mais là encore, nous en sommes aux prémices. Ce sera en effet plus facile, demain, si on a des parkings de dissuasion à l'entrée des villes pour faire une partie du trajet en voiture puis l'autre en transports en commun. Notez que déjà aujourd'hui, on pourrait aller beaucoup plus en ville sans voiture que cela ne se fait, sans rien changer d'autre… Mais là, on touche aux habitudes, aux comportements. Ce changement ne va pas se faire du jour au lendemain. Il faut encore travailler, sensibiliser. C'est une première étape.
C.Bt





